Brame du cerf dans l’Estérel : quand les cerfs donnent un concert et que le guide sort les chips
Il y a des randonnées où l’on marche pour admirer les paysages. D’autres où l’on cherche des animaux sauvages. Et puis il y a celles où l’on demande à tout le monde de faire silence… avant de sortir soi-même un paquet de chips.
Oui, je suis accompagnateur en montagne. Oui, je donne des consignes. Et visiblement, non, je ne suis pas toujours capable de les respecter. Bienvenue dans les coulisses d’une de mes sorties consacrées au brame du cerf dans l’Estérel.
À propos des photos : les photographies illustrant cet article ont toutes été prises par Rando PACA dans le Mercantour, et non pendant la sortie racontée dans l’Estérel.
Le brame du cerf : Tinder version forêt, avec option mégaphone
Chaque automne, les cerfs mâles donnent de la voix pendant leur période de reproduction. Leurs brames servent notamment à signaler leur présence et à rivaliser avec d’autres mâles. Imagine un moteur diesel contrarié, un dinosaure qui a raté son café et un chanteur de métal qui cherche son micro. Voilà, tu as une petite idée.
Dans l’Estérel, d’après mes observations, les cerfs se montrent particulièrement discrets. Je les entends surtout la nuit. La pression de chasse pourrait jouer un rôle, mais ce n’est pas la seule explication possible. Dans certains secteurs protégés du Mercantour où la chasse est interdite, il m’arrive de les observer en journée. Deux territoires, deux ambiances : les cerfs n’ont visiblement pas tous signé le même contrat de confidentialité.

Pique-nique silencieux : tout le monde a obéi… sauf le guide
Après une marche tranquille dans l’Estérel, nous nous arrêtons pour pique-niquer. J’avais donné des consignes limpides : pas de chips, pas d’emballages bruyants, discrétion maximale. Tout le monde avait respecté. Sauf moi. Oui, l’accompagnateur en montagne, le professionnel de l’observation, le monsieur qui demande le silence… avait apporté un paquet de chips. Un ninja de la forêt équipé de castagnettes alimentaires. Niveau cohérence pédagogique, on était sur une pente un peu raide.
Quand les cerfs prennent le micro
Et là, pendant qu’on mange, un premier brame retentit. Puis un autre. Puis encore un autre. Les cerfs se répondent autour de nous. On tend l’oreille, on se tait, on profite. Le massif devient une salle de concert à ciel ouvert, sans projecteurs et sans rappel. De mon côté, j’essaie surtout de ne pas déclencher un solo de chips en plein milieu du spectacle. Ce sont ces instants qui me rappellent pourquoi j’aime tant emmener des gens dehors : on peut préparer l’itinéraire, jamais programmer ce que la nature nous offrira.

Une crotte suspecte : Les Experts, version Estérel
Sur le chemin du retour, je tombe sur une crotte présentant des caractéristiques pouvant évoquer celles d’un loup. Je m’arrête. J’observe. Et forcément, j’explique. À l’intérieur, on distingue des poils et des fragments d’os : l’occasion de parler de l’alimentation des grands carnivores et des indices qu’ils laissent derrière eux. Attention : sans analyse, impossible d’attribuer cet excrément à une espèce avec certitude. La science, c’est aussi savoir dire « on ne sait pas ». Même quand on aimerait annoncer une enquête digne des Experts : Estérel.
Une couleuvre, des limaces et un scorpion au casting
La suite du retour nous réserve de petites limaces, une toute jeune couleuvre et un scorpion. Je prends le temps d’expliquer comment observer les pinces et l’aiguillon de ce dernier, sans le manipuler. La taille des pinces, à elle seule, ne permet pas de juger de sa dangerosité. Le programme est simple : regarder, comprendre, respecter. Pas besoin de finir aux urgences pour avoir une anecdote à raconter.

Apprendre à lire la forêt
Empreintes, frottis, crottes : tous ces détails racontent la présence des cerfs même lorsqu’ils restent invisibles. C’est ce que j’adore transmettre. Une randonnée peut devenir une enquête naturaliste grandeur nature. Les suspects ont quatre pattes, les indices sont parfois minuscules et les témoins refusent obstinément de déposer.
Une soirée qui restera dans les oreilles
Nous rentrons à l’heure prévue, des brames plein les oreilles et quelques belles découvertes en tête. Dans mon sac, il reste aussi ce paquet de chips qui n’aurait jamais dû sortir. La nature ne promet pas de spectacle : parfois elle chuchote, parfois elle pousse le volume à fond. Mais elle a toujours quelque chose à raconter. Si tu as envie de découvrir les paysages et la faune avec un accompagnateur qui sait lire les traces — et qui travaille encore sa discrétion alimentaire — viens randonner avec nous !





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